Le Terrorisme pastoral

Le Terrorisme pastoral

Emilce Cuda- 3 - François et le travail, une sémantique politico-syndicale

Emilce Cuda – 3 - François et le travail.

 

 

 

Comme nous l’avons précisé nous suivons les analyses de Emilce Cuda pour comprendre le pape François.

Elle est une interprète labélisée. (Voir les deux articles précédents).

 

L’interprétation qu’elle donne du contexte historique de la formation du pape, de la Joie de l’Evangile et de Laudato si, est très précieuse car nous sommes ainsi au cœur de la forma mentis pontificale, de son fonctionnement intellectuel, théologique et politique. Nous pourrions écrire que c’est la spécialité d’Emilce CUDA.

 

1 – Contexte historique.

 

Le pape n’est pas un populiste au sens où ce mot est utilisé dans la vie politique quotidienne, mais il utilise une notion connue de la culture populaire argentine : le travail « dignifie ».

 

L’Argentine, écrit-elle est un grand pays de luttes syndicales où les travailleurs ont acquis des droits avant les autres pays latino-américains. Les travailleurs avant les grandes crises n’émigraient pas mais cherchaient à défendre leurs droits sur place. « Si bien que le mouvement organisé des travailleurs est la colonne vertébrale de l’histoire politique argentine. Ce n’est pas parce que le pape s’adresse au monde des travailleurs, que le cœur de son discours pastoral a des fondements politiques et locaux, et qu’on doit en conclure que ces fondements ne sont pas théologiques et universels. »

Bien que le pape ait acquis la notion de travail comme garantie de la dignité humaine dans le contexte historique, politique et culturel argentin dans lequel l’actuel évêque de Rome a été formé, son discours est lié « au discours épiscopal latino- américain en faveur des plus pauvres et du salut hic et nunc, ce qui est d’une certaine manière la pierre angulaire du magistère de François. »

« Peuple- Pauvre- Travailleur », cette trilogie met en relation des catégories qui se déclinent sous de nombreux modes ».

 

Remarques.

 

Ce caractère du « travailleur » et du « travail argentin » est essentiellement dû à l’histoire vécue par le peuple avec Juan Peron. Emilce Cuda rappelle la relation pape-Peron, mais elle ne va jamais à l’essentiel. Nous consacrerons plusieurs articles à ce sujet capital.

 

Lorsque nous lisons que le travail « dignifie », nous entendons cette expression au sens commun d’amélioration de la vie matérielle, culturelle, sociale et dans certains cas spirituelle. Ces catégories ne sont pas liées entre elles et leur acquisition n’est pas systématique. De sorte que nous sommes toujours dans l’ordre d’une « dignité » relative et accidentelle. La seule dignité essentielle étant celle de la créature et de la créature rachetée par la Croix.

 

Faute de distinctions suffisantes, les interventions du pape s’apparentent davantage à une série de revendications syndicales ce qui se traduit par l’expression « théologie engagée »dans la langue de la théologie du peuple.

 

C’est pour cela qu’il faut décripter le langage pontifical car il obéit à des codes sémantiques qui nous sont étrangers.

 

La dignité du travailleur n’est pas supérieure en soi à celle de tout autre être humain. «  C’est le travail qui dignifie et pas l’argent », est un slogan qui culpabilise le riche. Rien de plus.

Cette idéologie réductionniste n’appartient pas à l’Evangile qui connaît ‘le mauvais riche’ ce qui implique l’existence d’un riche qui fait bon usage de sa richesse !

 

 

2 - 1 La Joie de l’Evangile et Lauda si.

 

Emilce Cuda développe alors ce qu’elle appelle « les arguments théologiques et non politiques du pape sur le travail ».

 

En fait il n’y a rien de nouveau car Saint Jean-Paul II a balayé dans « Laborem exercens » tout le spectre du « travail » à l’occasion du quatre - vingt dixième anniversaire de Rerum Novarum.

 

Cependant, et c’est là tout l’intérêt de la présentation de Emilce Cuda, elle reprend les thèmes du pape François pour les rapporter à la théologie du peuple et les insérer dans le grand changement réformateur que le pape a initié pour l’Eglise et pour toute l’humanité.

 

2 - 2 Le pauvre est le premier destinataire de l’Evangile

 

Pour le pape il n’y a pas d’équivoque les pauvres sont ceux qui sont accablés de douleur et vivent dans l’angoisse de la pauvreté. (Matt 25,35s et EG 197). Emilce Cuda écrit :

 

« L’incarnation de la seconde personne de la Trinité en un « corps – pauvre – et travailleur » est le fondement théologique qui conduit à valoriser le corps de chaque homme comme quelque chose de sacré » […] Cette valeur est la dignité humaine… ».

 

Nous citons à la fin de cet article la leçon théologique du cardinal Ratzinger parue dans « Libertatis conscientia » en 1986. Il répond de façon définitive à l’exclusivisme porté par tous les réformateurs latino-américains de la théologie de la libération concernant les pauvres.

 

2 - 3 Le travail n’est pas un châtiment honteux il participe de la culture du peuple.

 

Le travail est un lieu d’insertion dans la société des hommes, de fraternisation humaine indispensable pour communier avec le peuple qui synthétise en lui toutes les aspirations culturelles.

Privé de travail, l’homme est privé de créativité propre, du développement de ses capacités ; il est sans futur. Au contraire, le travailleur est le collaborateur de Dieu. Les monastères n’ont-ils pas quitté la vie ascétique pour introduire le travail manuel ? Le pape François a déjà manifesté son désir de voir les cloîtrés sortir de leur couvent !

 

« … l’actuel pontife ne proclame pas une religion ascétique, -la religion como ascetismo » une religion coupée du monde mais une religion au cœur du monde imitant un homme-pauvre- travailleur qui mangeait et buvait avec ses amis, un homme particulier, l’Homme-Dieu ».

« La conception dualiste qui dévalorise les corps, loin d’être un chemin de libération finit par collaborer à l’exploitation des travailleurs. »

 

Ce discours est celui des prêtres-ouvriers des années 50-60 qui seront des modèles pour les argentins entre autres.

 

2 – 4 Un nouveau relativisme

 

Selon le pape Benoit XVI, la culture du relativisme est le refus de la vérité au bénéfice de la mode et l’adulation de toutes les nouveautés.

 

«… la logique du relativisme c’est aussi la logique interne de ceux qui disent : laissons faire les forces invisibles du marché pour réguler l’économie ». (Laudatio Si. 123). Il faut changer la logique du marché et promouvoir la dignité du travailleur.

 

 

Le relativisme est une notion philosophique connue et reçue dans le langage courant. En théologie, c’est le modernisme.

 

Or nous avons là une acception nouvelle, un glissement de sens, qui n’est pas innocent. Le relativisme met sur le même pied l’erreur et la vérité : « Que votre oui soit oui …». Dans son discours le pape accuse le régime libéral d’exploitation de l’homme par l’homme. Il va jusqu’à parler d’esclavage…

Cet univers de la revendication n’est jamais rapporté,- on l’a vu particulièrement lors des voyages en Bolivie et en Equateur-, à une référence de l’ordre naturel ou surnaturel.

A titre de comparaison voici un passage célèbre du pape Pie XII pour l’anniversaire de Rerum Novarum.

 

 

«… l'Eglise gardienne de l'ordre surnaturel chrétien, dans lequel s'unissent nature et grâce, a la mission de former les consciences, les consciences donc aussi de ceux qui sont appelés à trouver des solutions pour les problèmes et les devoirs imposés par la vie sociale. De la forme donnée à la société, en harmonie ou non avec les lois divines, dépend le bien ou le mal des âmes, c'est-à-dire si les hommes, appelés tous à être vivifiés par la grâce du Christ, respireront dans les contingences terrestres du cours de leur vie l'air sain et vivifiant de la vérité et des vertus morales, ou le microbe morbide et souvent mortel de l'erreur et de la dépravation ». (Pie XII 1er juin 1941).

 

La logique relativiste du pape François est une formulation de lutte des classes.

 

2 - 5 Qui tue aujourd’hui ?

 

« Que signifie aujourd’hui, pour l’économie de marché, le commandement judéo-chrétien, « tu ne tueras pas ? », interroge Emilce Cuda.

 

 « Dans un monde où on craint la mort violente à cause d’une guerre caractérisée par des attentats spectaculaires, presque personne ne s’intéresse à l’herméneutique de ce commandement en dehors des génocides ou des cas de mort violente comme les féminicides – tous les deux condamnables – mais aujourd’hui il y a d’autres façons de tuer ». Selon Francis, « Comme le commandement de ne pas tuer met une limite claire au respect de la valeur de la vie humaine, aujourd’hui il faut dire « non à une économie de l’exclusion et de l’iniquité. Cette économie tue. (souligné par nous) »

 

Les dizaines de millions d’enfants tués dans le sein de leur mère ne sont pas un sujet de société pour retenir l’attention pontificale. Dans La joie de l’Evangile, perdue dans l’inculturation de la foi, figure l’expression « défense de la vie » au paragraphe 65.

Les abominations sociétales, le sang innocent qui crie contre le ciel ne font pas partie des injustices majeures qui retiennent l’affection universelle du pape pour les pauvres. Ce n’est pas un signe des temps !

 

Nous sommes dans le grand déclassement du langage car d’instinct le catholique va ranger dans la catégorie « qui tue » l’avortement et l’économie.

 

La sémantique pontificale ruine l’intelligence chrétienne et l’entraîne vers les périphéries économiques et non à combattre l’assassinat des innocents qui en terme quantitatif est des milliers de fois plus important.

 

Le pape nous plonge dans l’ambiguïté avec l’économie qui tue : elle tue peut-être mais ce n’est jamais directement sont but ; l’objet premier de l’économie n’est pas le crime ; l’avortement est un crime : l’objet de l’acte est un meurtre.

 

Hier à Rome se tenait une Assemblée Internationale de la Famille organisée par Voice of the Family. Le père Linus Clovis a résumé ce que nous vivons :« l’anti-Evangile et l’anti- Eglise » ont un discours impossible à distinguer de l’idéologie laïciste qui a jeté par-dessus bord, la loi naturelle et les dix commandements. (A lire absolument) https://www.lifesitenews.com/news/we-are-witnessing-today-st.-john-paul-iis-prophesy-of-an-anti-church-cathol

 

 

Conclusions.

 

Au stade de notre enquête nous devons remercier Emilce Cuda qui nous apprend à lire le pape François et la confusion entre un discours qui a les apparences de la religion, et qui n’est en fait qu’une option politico-syndicale derrière un masque d’évangélisme.

 

Notre réflexion doit cependant ne pas s’arrêter à ce présent et nous devons rechercher comment nous en sommes arrivés là.

 

Nous distinguons trois étapes :

 

Pie XII – Il est le dernier rempart contre le modernisme déferlant. Mais déjà de son vivant la muraille se lézarde.

 

Jean XXIII – Avec la bulle de convocation au Concile Humanae Salutis, on entre dans ce que j’ose appeler le délire de l’ouverture au monde. Nous avons déjà traité ce sujet dans les articles Sur la ‘Dissimulation des origines de la théologie du pape François,( 8 – 9 – 10) ». Le pape Jean XXIII, après avoir énuméré les catastrophes qui se sont abattues sur l’humanité et qui ruinent les sociétés, déclare que l’humanité est mieux disposée à recevoir le message de l’Eglise. Il a reconnu les signes des temps…de cette ère nouvelle. Il nomme comme experts au Concile les théologiens qui avaient été écartés par Pie XII. Pourquoi le pape Jean XXIII canonisé sans miracle, est-il, en deux paragraphes, passé de la réalité à l’utopie ? C’est pour nous un mystère !

 

Vatican II. L’ouverture au monde triomphe. On adapte l’Eglise au monde. Avec Gaudium et Spes, on atteint des sommets qui se traduisent par la désignation des signes des temps par les réformateurs officiels. C’est l’entrée de l’idéologie humanitariste dans l’Eglise. On a une Eglise pauvre pour les pauvres, le peuple pauvre enseigne l’Eglise. Ce renversement culmine avec le pape François malgré les tentatives de redressement de Jean-Paul II et Benoit XVI.

 

On sait bien le rétablissement de la liturgie tridentine par Benoît XVI, mais on ignore l’avertissement donné par le cardinal Wojtyla en 1976 au 41ème Congrès Eucharistique de Philadelphie aux Etats Unis.

Le père Linus Clovis l’a rapporté lors du Congrès cité plus haut :

«  Nous faisons face maintenant à la confrontation historique la plus grande que l’humanité ait jamais connue. Je ne pense pas qu’un grand nombre de personnes de la société américaine ou de la communauté des Chrétiens réalise cela pleinement. Nous faisons face à une confrontation finale entre l’Eglise et l’anti-Eglise, et entre l’Evangile et l’anti-Evangile.

 

Nous devons nous préparer à subir de grandes épreuves dans un future proche ; épreuves qui nécessitent que nous soyons prêts à donner même notre vie dans un don total au Christ et pour le Christ. Avec vos prières et les miennes il est possible d’alléger la tribulation mais il est trop tard pour l’éviter… Combien de fois le renouveau de l’Eglise a-t-il été apporté par le sang (versé) ! Cette fois ce ne sera pas différent. (It will not be different this time ». (Lifesitenews, 18 mai 2017).

 

Le père Linus Clovis, remercie le pape François pour son influence qui est une grande et véritable bénédiction pour l’Eglise car grâce à son enseignement ambigu, il a fait surgir l’anti-Eglise de l’ombre à la vue de tous les fidèles ! (from the shadows in clear view of all the faithful).

 

 

 

 

A suivre : L’exode (immigration) comme pratique mystique.

 

 

DOCUMENTS

 

Cardinal Ratzinger Libertatis Conscientia

 

II. L'amour de préférence pour les pauvres

Jésus et la pauvreté

66. Le Christ Jésus, de riche qu'il était, s'est fait pauvre pour nous enrichir par le moyen de sa pauvreté [95]. Saint Paul parle ici du mystère de l'Incarnation du Fils éternel venu assumer la nature humaine mortelle pour sauver l'homme de la misère où le péché l'avait plongé. De plus, dans la condition humaine, le Christ a choisi un état de pauvreté et de dénuement [96] afin de montrer en quoi consiste la vraie richesse à rechercher, celle de la communion de vie avec Dieu. Il a enseigné le détachement des richesses de la terre pour que l'on désire celles du ciel [97]. Les Apôtres qu'il a choisis ont dû eux aussi quitter et partager son dénuement [98].

Annoncé par le Prophète comme le Messie des pauvres [99], c'est chez eux, les humbles, les «pauvres de Yahvé» assoiffés de la justice du Royaume, qu'il a trouvé des cœurs pour l'accueillir. Mais il s'est voulu aussi proche de ceux qui, même riches des biens de ce monde, étaient exclus de la communauté comme «publicains et pécheurs», car il était venu pour les appeler à la conversion [100].

C'est une telle pauvreté, faite de détachement, de confiance en Dieu, de sobriété, de disposition au partage, que Jésus a déclarée bienheureuse.

Jésus et les pauvres

67. Mais Jésus n'a pas seulement apporté la grâce et la paix de Dieu; il a aussi guéri d’innombrables malades; il a eu compassion de la foule qui n'avait rien à manger et l'a nourrie; avec les disciples qui le suivaient, il a pratiqué l'aumône [101]. La Béatitude de la pauvreté qu'il a proclamée ne peut donc aucunement signifier que les chrétiens puissent se désintéresser des pauvres dépourvus de ce qui est nécessaire à la vie humaine en ce monde. Fruit et conséquence du péché des hommes et de leur fragilité naturelle, cette misère est un mal dont il faut autant que possible libérer les êtres humains.

L'amour de préférence pour les pauvres

68. Sous ses multiples formes: dénuement matériel, oppression injuste, infirmités physiques et psychiques, et enfin la mort, la misère humaine est le signe manifeste de la condition native de faiblesse où l'homme se trouve depuis le premier péché et du besoin de salut. C'est pourquoi elle a attiré la compassion du Christ Sauveur qui a voulu la prendre sur lui [102] et s'identifier aux «plus petits d'entre ses frères» (Mt 25, 40. 45). C'est pourquoi aussi ceux qu'elle accable sont l'objet d'un amour de préférence de la part de l'Église qui, depuis les origines, en dépit des défaillances de beaucoup de ses membres, n'a cessé de travailler à les soulager, les défendre et les libérer. Elle l'a fait par d'innombrables œuvres de bienfaisance qui restent toujours et partout indispensables [103]. Puis par sa doctrine sociale qu'elle presse d'appliquer, elle a cherché à promouvoir des changements structurels dans la société afin de procurer des conditions de vie dignes de la personne humaine.

Par le détachement des richesses, qui permet le partage et ouvre le Royaume [104], les disciples de Jésus témoignent dans l'amour des pauvres et des malheureux de l'amour même du Père manifesté dans le Sauveur. Cet amour vient de Dieu et va à Dieu. Les disciples du Christ ont toujours reconnu dans les dons déposés sur l'autel un don offert à Dieu lui-même.

En aimant les pauvres, l'Église enfin témoigne de la dignité de l’homme. Elle affirme clairement qu'il vaut plus par ce qu'il est que par ce qu'il possède. Elle témoigne que cette dignité ne peut être détruite, quelle que soit la situation de misère, de mépris, de rejet, d'impuissance, à laquelle un être humain a été réduit. Elle se montre solidaire de ceux qui ne comptent pas pour une société dont ils sont spirituellement et parfois même physiquement rejetés. En particulier, l'Église se penche avec une affection maternelle sur les enfants qui, à cause de la méchanceté humaine, ne verront jamais la lumière, ainsi que sur les personnes âgées seules et abandonnées.

L'option privilégiée pour les pauvres, loin d'être un signe de particularisme ou de sectarisme, manifeste l'universalité de l'être et de la mission de l'Église. Cette option est sans exclusive. (souligné par nous)

C'est la raison pour laquelle l'Église ne peut l'exprimer à l'aide de catégories sociologiques et idéologiques réductrices, qui feraient de cette préférence un choix partisan et de nature conflictuelle.

 

 



21/05/2017
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