Le Terrorisme pastoral

Le Terrorisme pastoral

Le Pape, la politique et le Peuple

Le pape, la politique et le peuple

 

Le dernier article de Sandro Magister nous inspire plusieurs réflexions.

 

Une grande satisfaction, car on sort enfin des explications au jour le jour et une grande insatisfaction car avec le titre, «  Le peuple, une catégorie mystique » on entre dans une équivoque redoutable, http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1351278?fr=y

 

 

Avec la deuxième partie du titre « La vision politique du pape sud-américain », on arrive en pays connu, les conséquences politiques des actes et des paroles du pape François.

 La plus notoire et la plus récente est la condamnation de Donald Trump et quelques semaines  plus tard  son échange avec Bernies Sanders au Vatican même.

Sandro Magister collationne d'autres exemples aussi variés que probants. Le Pape François fait des choix politiques en permanence et dessine ainsi un profil de pape politique indéniable. Avec des préférences nettes et renouvelées. Pas de place à l'équivoque même si de temps à autre il s'en défend maladroitement.

 

Cet article est inspiré  par un texte  du professeur Loris Zanatta paru en Italie et en Argentine dans la revue jésuite Criterio, intitulé : « Le peuple élu ». Une partie de ce texte est traduite sur le site chiesa.expresso.

 

Nous sommes en présence de l’analyse de deux spécialistes qui tentent chacun à sa façon de découvrir « la vision politique » du pape. 

 

Sandro Magister centre sa réflexion sur les nombreuses déclarations du pontife lors de ses voyages et il rapporte les paroles du pape :

 

1 « Le mot ‘peuple’ n’est pas une catégorie logique, c’est une catégorie mystique ».

 

2 « Cependant les discours dans lesquels il a fait connaître de la manière la plus achevée sa vision politique axée sur le peuple sont ceux qu’il a prononcés devant les « mouvements populaires » anticapitalistes et « non-global », qu’il avait fait venir, du monde entier, d’abord à Rome et ensuite en Bolivie ».

 

Si nous souscrivons volontiers à la vision politique, en revanche la formule, peuple ‘catégorie mystique’, employée par le pape au Mexique n’a pas la signification précise entendue par Sandro Magister. Le mot ‘mystique’ opposé à ‘logique’ ne signifie pas ici catholique. 

 

Dans le vol de retour de son voyage à Mexico, un journaliste interroge le pape et lui demande s’il reviendra en Amérique Latine ou s’il ira en Chine. Il répond :

 

 «  Je serais enchanté d’aller en Chine. Je veux dire quelque chose au peuple mexicain. C’est un peuple d’une richesse si grande … il a une culture millénaire…C’est un peuple de grande foi, qui a beaucoup souffert de persécutions religieuses, il a des martyrs… Et un peuple … ne peut pas s’expliquer par le mot « peuple », ce n’est pas une catégorie logique, c’est une catégorie mystique. Et le peuple mexicain ne peut s’expliquer,… cette richesse, cette histoire, cette joie, cette capacité de fêtes, et ces tragédies… Une nation qui a cette vitalité peut s’expliquer  seulement par la Vierge de Guadalupe… Je ne vois pas d’autre explication ».

 

Nous sommes dans l’émotion ! Alors que le pape a ignoré la croisade des Cristeros, la plus héroïque qu’il y ait jamais eue sur le continent américain, il va selon son habitude, fabriquer une expression : « un peuple, catégorie mystique » !

 

Le mot est tout à fait surprenant ! Le peuple mexicain est lié à Notre Dame de Guadalupe par un pacte de fidélité qui a son fondement dans la foi elle- même. Ce pacte a permis de surmonter une persécution inouïe sous l’étendard du Christ-Roi !

 

Mais cela le pape ne le dit pas ! A aucun moment de son voyage il ne va faire une allusion, même infime, à cette bataille de géants qui est la marque propre et indélébile de la Chrétienté mexicaine.

 

La seule explication que nous avons trouvée pour comprendre cette formule, nous l’empruntons à Vincent Coussedière dans un texte intitulé « Péguy Populiste » :

 

« La mystique républicaine de Péguy, n’a rien de mystique, …elle consiste bien plutôt en une approche phénoménologique de ce peuple » […] Mystique désigne en réalité une certaine manière d’être ensemble, mystique désigne l’expérience qu’un peuple fait de son unité ».

 

La formule décalée, employée par le pape correspond très exactement à ce qu’est le peuple pour la théologie du peuple, fondement de la pensée du pape.

 

Le peuple mexicain n’a pas eu besoin de l’inculturation pour savoir où était son devoir face à Calles ! Il n’est pas le peuple conduit par des curés libérationnistes ! Ils n’ont pas de jésuites, de dominicains ou de franciscains qui les invitent à changer le monde et l’Eglise !

 

La vision politique et chrétienne du pape exclut la Royauté du Christ sur les peuples, les sociétés et les personnes. Pas de CHRIST ROI !

 

Le peuple, catégorie mystique du pape n’a aucun lien avec la vie surnaturelle. Il s’agit là d’une amputation radicale.

 La relation du peuple mexicain avec Notre Dame de Guadalupe n’est pas un phénomène historico-culturel évolutif récupérable par la théologie du peuple. C’est une véritable Gesta Dei Per Mexicanos. Et cela est insupportable à l’option préférentielle pour les pauvres !

 

 Les pauvres fusillés de Guanajuato n’étaient pas de la périphérie ! C’étaient des pauvres du Cœur de Dieu, du Corps Mystique. Ceux qui donnent leur vie pour Dieu et qui n’attendent rien de la justice des hommes ni de la justice sociale. Ils n’appartiennent pas aux périphéries, ils cherchent le Royaume de Dieu et sa justice…et ils savent qu’ils auront le reste par surcroît. Et ils l’ont eu le surcroît !

 

La formule du pape alors même qu’il fait référence à Notre Dame de Guadalupe, ruine le lien indissociable qui uni la Vierge à son Fils ROI. Pas un mot pour le père Pro, jésuite ! Fusillé avec son frère. (Leur père apprend leur mort par le journal et fait rouvrir leur cercueil pour les embrasser une dernière fois !)

 

Curieux silence du pape des pauvres ! Ces pauvres-là le rendent muet !

 

Avec cette formule « le peuple catégorie mystique » le pape quitte le domaine de la religion et entre dans l’espace sociologique qui sert à référencer les peuples dans la théologie du peuple.

La formule ou si l’on veut « le concept » du pape est une réduction de l’ordre surnaturel à l’ordre naturel et en l’occurrence il s’agit de véritable naturalisme.

 

Note : On pourra m’objecter que Jean-Paul II lors de son voyage au Mexique n’a jamais abordé la guerre des Cristeros et ses martyrs. Il a cependant rappelé une phrase de son prédécesseur Jean-Paul I, qui est sans équivoque : « C’est un erreur d’affirmer que la libération politique, économique, sociale coïncide avec le salut en Jésus-Christ et que le « règne de Dieu » s’identifie au « règne de l’homme ».

 

 

 

Sandro Magister, dans un article du 27 novembre 2015, avait été mieux inspiré. Il avait touché du doigt la réalité en rapportant les propos du pape François dans un bidonville de Nairobi : « Le chemin du Christ commence dans la périphérie…il part des pauvres et avec les pauvres vers les autres ». Sandro Magister avait titré justement son article : « La sagesse innée des pauvres, troisième source de la Révélation ».

Nous avions commenté ici la bonne direction prise mais il n’y a pas eu de suite.

 

Les pauvres sont un nouveau lieu théologique comme l’a expliqué le père J.C. Scannone, principal rédacteur de la théologie du peuple… ce qu’avait écrit avant lui le père Jon Sobrino dans son livre : « Resurreccion de la verdadera Iglesia. Los pobres lugar teologico de la eclesiologia » (Editeur Sal Terrae, 1981).

 

Dans notre prochain article nous analyserons le texte du professeur Loris Zanatta qui découvre une partie du problème et sombre dans le péronisme !

 

A suivre…

 



23/04/2016
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