Le Terrorisme pastoral

Le Terrorisme pastoral

Le pape qui vient de loin -11- La théologie de la libération au Vatican


Le pape qui vient de loin – 11-  La théologie de la libération au Vatican et ailleurs

 

 

 

Avant de commencer l’histoire complexe  de la pénétration et de l’installation de la réforme de la Compagnie de Jésus dans l’Eglise Catholique, nous en donnons un exemple actuel parce que cette action qui se déroule sur plus de cinquante ans a quelque chose d’irréelle et d’inconcevable. Je voudrais disposer de la bienveillance du lecteur pour qu’il n’imagine pas que ce que j’écrirai soit sorti de mon esprit enfiévré.

 

I – Jon Sobrino, jésuite au Vatican

 

Je l’ai personnellement rencontré en 1986 à la UCA  (Universidad Centroamericana). Il appartenait déjà au top 10 des théologiens de la libération. Il m’a dédicacé son livre « Jesus en America Latina », (A Jean- Pierre Moreau con esperanza  de liberacion).

Le nombre de ses écrits, livres et articles est immense. Il est le rescapé de la fusillade qui a  coûté la vie à cinq jésuites de la UCA mitraillés au petit matin par des personnes non identifiées à ce jour.

Il doit la vie à Léonardo Boff qui lui avait demandé de le remplacer pour une conférence en Asie. J’ai évoqué dans « Terrorisme Pastoral », (pages 113-14) sa violente altercation (argument ad hominem) contre le cardinal Levada et surtout le cardinal Ratzinger. C’est ce dernier  qui avait attiré l’attention sur six propositions non conformes à la doctrine de l’Eglise dans l’oeuvre de Jon Sobrino.

 

Il a toujours eu sa place au tableau d’honneur du CCFD. Et nous avons montré, séquence filmée à l’appui, que lors du premier Congrès Continental de Théologie (libérationniste) en 2012 la représentante du CCFD était encadrée lors de la conférence de Presse par Sobrino et Boff.

 

L’action vigoureuse du cardinal Ratzinger puis du Pape Benoît XVI contre la théologie de la Libération a écarté du Saint Siège les ténors de la destruction du catholicisme en Amérique latine.

 

Avec l’arrivée
du pape François, ils sont revenus en force par leurs écrits et leur présence.

 

On a d’abord eu Gustavo Gutierrez qui est venu dire que les réformes du pape ne connaîtraient pas de « marche arrière » et qu’il fallait revoir les critères pour l’admission sur les autels. Plus récemment Jon Sobrino a donné une conférence le 14 novembre 2015 à l’Université Pontificale Urbanienne.   

 

 

pape1.jpg                         

 

Jon Sobrino est au centre de la photo.

 

Voici le compte rendu de l’Agence Adital (financée par le CCFD).

 

Pour la célébration des 50 ans du Pacte des Catacombes, le Vatican a organisé samedi dernier 14 novembre, un séminaire à Rome sur l’actualité de la proposition signée par 42 pairs conciliaires dans la catacombe de Dormitille en 1965. A cette occasion, le théologien espagnol Jon Sobrino a donné une communication sur l’impact de cet accord dans l’Eglise d’aujoud’hui et sur l’urgence de revenir à l’Eglise des pauvres. Le Lundi 16 a été célébrée une Eucharistie dans les catacombes en présence du pape François cependant que le célèbre  théologien de la libération précédemment censuré rencontrait le pape qui l’a encouragé à continuer à écrire, « continue escribiendo ».

 

Le père de Margeride S.J. s’était élevé contre les thèses de Sobrino sans succès. Cette opposition avait même été relevée comme le signe de la grande liberté qui régnait dans la Compagnie !

 

Comme nous venons de le voir Jon Sobrino a violemment contesté les censures romaines dont il était l’objet. Et il n’a pas ménagé sa défense car il avait reçu, entre autres, pour  son livre « Jesucristo liberador » l’imprimatur du cardinal Arns archevêque de San Paolo, grand ami de Fidel Castro et de tout l’aéropage libérationniste. Le général de la Compagnie l’avait aussi incité à se défendre dans une lettre du 20 novembre 2006.

 

Aussi avec raison Jon Sobrino lui adresse, le 15 mars 2007, une longue lettre de 7 pages pour expliquer qu’il ne soumet pas au jugement de la Congrégation de la Foi et qu’il ne signera rien car ce serait déshonorant pour lui et un manque de respect pour tous les théologiens qui  l’ont soutenu !

 

Mais la lecture de cette lettre apporte plus au regard de ce que nous savons aujourd’hui.

 

« Récemment le père Sesboué à la demande de Martin Maier, a eu la gentillesse en 2005 de lire le second livre, La foi en Jésus Christ, alors qu’il connaissait bien entendu le texte de la Congrégation de la Foi de  2004. Le père Maier lui a demandé de lui préciser s’il y avait quelque chose dans mon livre contre la foi ou contre l’Eglise. Sa réponse de 15 pages est un ensemble de louanges pour le livre. Je n’ai rien trouvé de critiquable du point de vue de la foi. Il a trouvé seulement une erreur qu’il appelle technique et non doctrinale. « Mon intention (Cette partie est en français dans la lettre en espagnol), est de montrer le centre de gravité de l’ouvrage et combien il prend au sérieux les affirmation conciliaires, comme les titres de Christ dans le N.T.  . Je n’ai trouvé qu’une erreur réelle, c’est son interprétation de la communication des idiomes, mais c’est une erreur technique et non doctrinale » (J’affirme dès maintenant que je ne vois aucun inconvénient à éclaircir dans la mesure de mes possibilités, cette erreur technique)

 

Pour ce qui concerne la façon dont mon texte a été analysé par la Congrégation il dit ceci : « (en français) Je n’ai pas voulu répondre avec trop de précision au document de la CDF qui vise aussi le premier livre de Sobrino  et me paraît tellement exagéré qu’il me paraît sans valeur. Talleyrand avait de mot : « Ce qui est exagéré est insignifiant ». Avec cette méthode délibérément soupçonneuse je peux lire bien des hérésies dans les encycliques de J.P. II ! J’en ai tout de même tenu compte dans mon évaluation. J’ai voulu dire que ce livre me paraît plus rigoureux dans ses formulations que le précédent. J’ai aussi cité des textes de tradition, ou contemporains, ou même des papes qui vont dans le sens de Sobrino (en cela je suis la méthode de la CDF).

 

 Martin Maier ? Ce nom ne vous rappelle rien ?

 

C’est précisément le patron de Jesuit European Social Centre dont le blog Riposte Catholique vient de nous dire qu’il s’était associé au COMECE pour blâmer les Polonais.

 

Yves Daoudal a précisé cette affaire :

 

Europe infos, « le magazine de la Commission des conférences épiscopales de l’UE et de l’Office européen jésuite » a publié dans son dernier numéro un article critiquant violemment le gouvernement polonais (cf. Riposte catholique). Cela commençait ainsi : « Les choses vont mal en Pologne. L'Europe a de véritables raisons de s'inquiéter des événements qui s’y déroulent. » A la fin, après avoir accusé le gouvernement de porter atteinte à l’ordre constitutionnel et de mettre en place un Etat policier, l’auteur, Henryk Woźniakowski (le patron libéral européiste des éditions Znak, aujourd’hui spécialisées dans l’autoflagellation polonaise et le dialogue interreligieux) écrivait : « Jusqu’à présent, les évêques catholiques ont choisi de ne pas s’exprimer publiquement sur cette question. »

Eh bien les évêques se sont exprimés. Sur l’article de Henryk Woźniakowski. La conférence épiscopale de Pologne a mis en demeure la COMECE (dont elle fait partie…) de supprimer l’article du site (cf. Riposte catholique), remarquant que ni M. Woźniakowski ni Europe infos ne l’a contactée pour obtenir une déclaration, ajoutant : « La publication de cet article dans Europe Infos qui représente les conférences épiscopales d’Europe est un acte hostile qui interfère dans les affaires intérieures de la Pologne. »

Europe Infos a accusé le coup. Supprimant l’article, et se livrant à une longue tentative de justification de sa « politique éditoriale » concernant des articles « écrits par des auteurs invités issus d'un réseau universitaire catholique élargi », tout en regrettant « que certains lecteurs aient pu se sentir offensés par les opinions développées dans ces articles ». C’est signé Johanna Touzel, rédactrice en chef… pour la COMECE, et Martin Maier rédacteur en chef pour le JESC, qui osent prétendre que la publication qu’ils dirigent « n’est pas l’organe officiel des organisations ». Johanna Touzel est la porte-parole de la COMECE, dont le logo est la première chose que l’on voit sur le site, qui se présente comme celui du magazine de la COMECE...

Outre l’article sur la Pologne (que l’on peut toujours trouver en cache), il y a eu aussi un article sur la Hongrie, nettement plus violent, par Hans Schelkshorn, « professeur de philosophie à la faculté de théologie catholique de l’Université de Vienne ». Celui-là est toujours en ligne, bien que les évêques hongrois soient clairement mis en cause comme soutenant l’idéologie « post-fasciste » de Viktor Orban. Peut-être n’ont-ils pas lu l’article. Les évêques polonais eux-mêmes n’avaient pas vu l’article d’Europe Infos dans l’édition imprimée du magazine. Ce qui est quand même la bonne nouvelle : personne ne lit les productions de la COMECE…

Addendum 17 février

Les évêques de Hongrie ont exigé, et obtenu, que soit retiré le texte contre Viktor Orban.

Qui est ce Martin Maier ? Son passé va nous révéler ce qu’il fait aujourd’hui et les objectifs qu’il poursuit dans la droite ligne de ce que la Compagnie de jésus a réalisé sur le continent latino-américain.

 

A suivre

 



26/02/2016
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