Le Terrorisme pastoral

Le Terrorisme pastoral

POUR COMPRENDRE CE QUE FAIT LE PAPE

 

POUR COMPRENDRE CE QUE FAIT LE PAPE

 

 

 

 

Depuis le vendredi 8 avril, il n'y a pas de jour qui ne voie un nouveau commentaire de l'exhortation apostolique. Peut-on en rire pour ne pas en pleurer ?

Il nous est revenu en mémoire cette réplique des « Femmes savantes » : « On cherche ce qu'il a dit après qu'il a parlé » (Acte II, scène VII). Nous ne donnerons pas le vers suivant qui serait un manque de respect envers le Saint-Père.

 

Mais humainement parlant on ne comprend pas que 270 pages n'est pas permis un clair exposé sur un sujet aussi commun à l'enseignement des papes depuis des siècles.

 

Pire, le pape nous demande de nous en remettre au cardinal Schönborn pour savoir ce qu'il a écrit parce que ce dernier est un bon théologien.

 

Il avait dit la même chose chez les luthériens de Rome. Il parlait, disait-il en présence du cardinal Kasper qui « est un excellent théologien »,  pour couvrir son discours du sceau de l'orthodoxie.

 

Bizarre ?

 

Aussi le premier constat que nous faisons est que ce texte n'apporte pas la paix mais la guerre. Chacun y va de son commentaire, les savants et les ignorants, les pasteurs et les laïcs, les cardinaux et les évêques au point que Molière aurait encore raison «  c'est ici la cour du roi pétaud ».

 

 

Nous sommes en pleine confusion sur un thème d'une importance essentielle non seulement la famille mais aussi le sacrement du mariage et de l'Eucharistie.

Les intervenants font tous leurs efforts pour sauver le texte et son auteur, infaillible dans son magistère ordinaire lorsqu'il s'exprime sur la foi et les mœurs. A grand renfort de la Tradition et des enseignements des prédécesseurs immédiats ou lointains chacun se calle comme il peut sur une interprétation globalement acceptable. On a une nouveauté « l’herméneutique de la miséricorde ». Mais aussi des interrogations plus sérieuses.

 

Jeanne Smitz a quand même fait plusieurs remarques sur les sollicitations, c’est un euphémisme, d’un certain nombre de textes qui entachent définitivement l’intention droite et la rectitude morale  des rédacteurs.

 

En voici une qui nous plaît particulièrement, rapportée par Riposte catholique. Son auteur est le père Scalese, CRSP :

 

 

Est-il nécessaire que les documents pontificaux se transforment en traités de psychologie, pédagogie, théologie morale, pastorale, spiritualité? Est-ce là la tâche du magistère de l’Église? D’abord, on affirme que «les débats doctrinaux, moraux ou pastoraux ne doivent pas tous être résolus avec les interventions du Magistère» (n. 3), puis, de fait, on se prononce sur chaque aspect et on court même le risque de tomber dans cette «casuistique insupportable» que pourtant, en paroles, on dit désapprouver (n. 304). Le magistère a la tâche d’interpréter la parole de Dieu (Dei Verbum, n. 10; Catéchisme de l’Église catholique, n. 85), de définir les vérités de la foi, de préserver et d’interpréter la loi morale, non seulement évangélique, mais aussi naturelle (Humanae vitae, n. 4). Le reste – l’explication, l’approfondissement, les applications pratiques, etc. – a toujours été laissé aux théologiens, aux confesseurs, aux maîtres spirituels, à la conscience bien formée de chaque fidèle. Une exhortation apostolique, destinée à tous les fidèles, ne peut pas, à mon avis, devenir un manuel pour confesseurs.

Un rappel sur ce qu’est la fonction du magistère. Un peu plus loin, le Père Scalese écrit:

Dans l’Église, le discernement et l’accompagnement pastoral (peut-être appelés par des noms différents et sans faire trop de théorisation) ont toujours existé; sauf que jusqu’à présent chacun faisait son métier: le magistère enseignait la doctrine, les théologiens approfondissaient, les confesseurs et les directeurs spirituels l’appliquaient à des cas individuels. Mais aujourd’hui, il semble que personne ne parvienne plus à distinguer la spécificité de son propre rôle.

 

 

Essayons de garder notre propre rôle !

 

Je ne pense pas que nous soyons au terme des bouleversements que le Saint-Père entend apporter à l’Eglise. Nous n’en sommes même qu’au commencement.

Rare sont ceux qui en France cherche à savoir ce qu’il se passe vraiment. Nos amis italiens, américains et espagnols sont d’un niveau très supérieur dans la connaissance des affaires vaticanes et ne se contentent pas de décortiquer les textes.

 

Replacer l’exhortation dans le contexte  d’une réforme plus vaste, nous n’avons vu que Yves Daoudal qui ait cité le paragraphe 3, élément  capital pour la compréhension de ce document :

 

  • En rappelant que « le temps est supérieur      à l’espace », je voudrais réaffirmer que tous les débats doctrinaux,      moraux ou pastoraux ne doivent pas être tranchés par des interventions      magistérielles. Bien entendu, dans l’Église une unité de doctrine et de      praxis est nécessaire, mais cela n’empêche pas que subsistent différentes      interprétations de certains aspects de la doctrine ou certaines      conclusions qui en dérivent. Il en sera ainsi jusqu’à ce que l’Esprit nous      conduise à vérité entière (cf. Jn 16, 13), c’est-à-dire, lorsqu’il      nous introduira parfaitement dans le mystère du Christ et que nous      pourrons tout voir à travers son regard. En outre, dans chaque pays ou      région, peuvent être cherchées des solutions plus inculturées, attentives      aux traditions et aux défis locaux. Car « les cultures sont très diverses      entre elles et chaque principe général […] a besoin d’être inculturé, s’il      veut être observé et appliqué ».

 

Yves Daoudal commente :

« Cela commence par un des fameux faux « principes » de François*, puis ça cause de praxis et d’inculturation, et l’on poursuit par un hyper-jésuitisme que même Pascal n’aurait pas pu imaginer. Enfoncées, les Provinciales. C’est désormais le pire jésuitisme le plus caricatural érigé en dogme. »

 

Le paragraphe 3 rappelle en effet une des conclusions du synode :

 

« Et – au-delà des questions dogmatiques bien définies par le Magistère de l’Église – nous avons vu aussi que ce qui semble normal pour un évêque d’un continent, peut se révéler étrange, presque comme un scandale – presque – pour l’évêque d’un autre continent ; ce qui est considéré violation d’un droit dans une société, peut être requis évident et intangible dans une autre ; ce qui pour certains est liberté de conscience, pour d’autres peut être seulement confusion. En réalité, les cultures sont très diverses entre elles et chaque principe général – comme je l’ai dit, les questions dogmatiques bien définies par le Magistère de l’Église – chaque principe général a besoin d’être inculturé, s’il veut être observé et appliqué. Le Synode de 1985, qui célébrait le vingtième anniversaire de la conclusion du Concile Vatican II, a parlé de l’inculturation comme de l’« intime transformation des authentiques valeurs culturelles par leur intégration dans le christianisme, et l’enracinement du christianisme dans les diverses cultures humaines ». L’inculturation n’affaiblit par les vraies valeurs mais démontre leur véritable force et leur authenticité, puisqu’elles s’adaptent sans se transformer, mais au contraire elles transforment pacifiquement et graduellement les différentes cultures.

 

L’INCULTURATION, tel est le maître mot des réformes.

 

Yves Daoudal se laisse un brin emporté et je suis mal placé pour lui en faire grief. Mais hic jacet lupus !

Nous sommes au coeur du problème. Sandro Magister l’a compris en rapportant l’interprétation du texte du pape non à un des nombreux savants ecclésiastiques mais à un jésuite, le père Spadaro.

Ce dernier est la voix de son maître.

Cela nous oblige à rappeler que le Père Bergoglio fut choisi par le père Arrupe  en dépit de son jeune âge (le plus jeune provincial de tous les temps) comme provincial d’Argentine pour participer à la XXXIIème Congrégation Générale.

Le maître mot du père Arrupe dans la transformation de la Compagnie de Jésus a été « inculturation ». Le pape ne l’a pas oublié. Et il poursuit dans l’Eglise l’inculturation commencée dans la Compagnie, ce qui était le but ultime du père Arrupe.

 

C’est pourquoi nous continuons encore pour un certain temps notre étude approfondie de la « marque Arrupe » dans la compagnie et l’Eglise sans laquelle on reste à la surface des choses de l’Eglise d’aujourd’hui.

 

 



18/04/2016
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