Le Terrorisme pastoral

Le Terrorisme pastoral

Le pape qui vient de loin 7

Le Pape qui vient de loin – 7

 

La théologie du Pape François, celle qu'il a pratiquée en Argentine dont il a honoré les auteurs et celle que lui prêtent aujourd'hui tous ses amis, est la théologie du peuple.

 

Avant d'en préciser le contenu, nous établissons l'environnement de ceux qui en ont été les porteurs les plus remarquables ? C'est sans conteste le père Lucio GERA, dont nous avons commencé d'élaborer un portrait, qui occupe la première place. Il a été appelé le Père de l'Eglise Argentine. (cf. Le pape qui vient de loin -5)

 

Cela nous apparaît indispensable car son rôle donné comme déterminant par tous les Argentins, amis ou ennemis, mérite d'être connu.

 

Or, surprise ! Il n'existe aucune information sur ce prêtre en langue française. Sinon celle très succincte du blog de Denis Chautard, prêtre de la Mission de France, (retraité de l’Education Nationale) au 4 avril 2013. Cette brève analyse ne présente aucun intérêt. Elle répète ce qu’on lit partout chez les ‘informateurs’.

 

Deuxième surprise, la notice la plus complète de Wikipédia est … en allemand.  Heureusement l'espagnol et le portugais nous fournissent une abondante documentation mais très éparse.

Cette abondance est une source de grandes difficultés car nos recherches nous ont permis de découvrir que les laudateurs ont systématiquement oublié des faits d'importance.

 

Si vous ajoutez à cela la distance entre la France et l’Argentine vous comprendrez, cher lecteur, le temps qu'il faut pour avoir l'assurance de la véracité des textes que nous citons. Heureusement quelques amis ont entrepris une quête des plus intéressantes pour que nous puissions disposer des meilleures sources.

Cette documentation originelle nous permettra de corriger une hagiographie universelle et de rapporter des faits incontestables.

Ces éléments nouveaux pourront être modifiés ou compléter.

 

Ainsi nous n’avions à ce jour trouvé qu’un seul auteur qui reliait directement les erreurs de la théologie  de la libération à celles de Félicité de Lamennais. Nous en avons rencontré deux autres : le
père dominicain Philippe André-Vincent et un laïc érudit que nous avons connu, Jean de Saint-Chamas (Action Familiale  et Scolaire n°54, août 184, Commentaires sur la théologie de la Libération).

On aura une idée du nombre de livres parus sur la théologie de la libération avec les chiffres cités par le père R.Vekemans en 1974, plus de 1700 titres. Le père Malley en recense plus 1000 dans sa bibliographie des théologies de la libération à la même époque. Nous sommes en 20015…….

 

Biographie de Lucio Gera

 

. Il est né le 16 janvier 1924 en Italie dans la province d’Udine. Il est baptisé à sa naissance. Ses parents s’établissent en Argentine en 1929. En 1929 il est confirmé et fait sa première communion en 1930. Les premiers signes de sa vocation se manifestent au Congrès Eucharistique de 1934 à Buenos Aires. Il entre au séminaire Métropolitain de Buenos Aires le 5 mars 1936. Il est ordonné le 20 septembre 1947, par Mgr Antonio Rocca. Jusqu’en 1952, il occupe divers postes comme vicaire aussi bien dans les quartiers pauvres que, à la Recoleta, quartier des gens fortunés. Il est en charge de la JOC et écrit son premier article  Notes de pastorale Jociste.

 

Jamais il n’oubliera ses origines, « “L’expérience de l’immigration a beaucoup compté pour moi, expérience de solidarité et de lutte : qu’est-ce qu’un immigré : un mélange de solidarité, de méfiance, de crainte ; (…) L’émigré est obligé de s’interroger sur son identité- qui suis-je en définitive- et comment choisir une identité. Et nous avons choisi une identité parmi le terreau populaire et pas dans l’oligarchie » (Voir Azcuy, Virginia Raquel, , Carlos María Galli, Gonzalez Marcelo, Escritos Teológicos Pastorales de Lucio Gera, del preconcilio a la Conferencia de Puebla, 1956-1984, Buenos Aires, Ágape-Universidad Católica Argentina, 2006, p. 25.)

 

Lucio Gera racontera que durant ses études de théologie, il n’eut accès à aucun livre venu d’Europe. Ce ne sont pas les théologiens qui l’attirent vers la théologie mais les oeuvres littéraires et la poésie : Dostoievski, Claudel, Bloy, Papini. Il aborde l’existentialisme avec Heiddeger  avant de partir pour l’Europe. (Toutes ces informations sont tirées des études de Maria Mercedes Amuchategui. Elle est beaucoup plus proche du personnage que tous les thuriféraires, malgré des omissions surprenantes.)

 

 

En 1952, Lucio Gera part pour Rome à l’Angelicum où il obtient une licence de théologie en 1953. Grâce à l’intervention de Mgr Enrique RAU il reçoit une bourse pour étudier en Allemagne.

Epoque cruciale où il lit Congar et Teilhard de Chardin. De ce dernier il dira :«  Il n’a eu aucune influence sur ma formation mais plus tard je l’ai reçu avec un certain enthousiasme. C’est une pensée qui féconde toute la pensée théologique. Evidemment du point de vue de la science moderne. De plus c’est un homme religieux, pieux…. Sa théologie est imprégnée de profondeur religieuse et n’est en rien athée. »

 

A cette époque les sujets les plus brillants d’Amérique Latine vont étudier en Allemagne, en France, en Espagne, et en Belgique où Louvain a une section spéciale pour les latino-américains, la COPAL (Centre pour l’Amérique Latine)  fondée en 1953.

C’est à Bonn en 1956 qu’il est reçu docteur en théologie dogmatique sous la direction de Johann Auer ; un sujet classique : L’évolution historique de la doctrine de la transsubstantiation de Thomas d’Aquin Jean Duns Scott.

 

En Allemagne, il lit Max Scheler  et découvre de Lubac.  Il reçoit la visite du futur cardinal argentin, Eduardo Pironio, (procès de béatification en cours), qui deviendra un promoteur de la théologie de la libération au CELAM. Il convainc Lucio Gera de revenir en Argentine.

 

A son retour, en 1957, il devient entre autre professeur au Grand Séminaire annexe de la Faculté de théologie de Villa Devoto. Il publie des articles dans la revue Notes de pastorale Jociste. Il y déplore l’absence de l’Eglise dans la classe ouvrière.

Dans Réflexion sur l’Eglise, bourgeoisie et classe ouvrière, il écrit : « L’Eglise ne doit ni s’embourgeoiser ni se prolétariser, mais être effectivement catholique dans l’histoire concrète de ce siècle,  comme dans ses propres structures. Etre catholique, ne veut pas dire s’abstaire de ce monde ni s’absenter de ses structures temporelles, mais créer une histoire dans tout ce qu’est ce monde et pas seulement dans une parcelle(…) S’engager à fond comme catholique, c’est s’engager dans tout ce qui constitue ce monde. Assumer les intérêts humains de quelque classe sociale que ce soit et de cette façon être présent à toutes les classes sans en exclure aucune ».

 

 

 En 1958 il est préfet des études de théologie et assume les fonctions de Doyen de la Faculté. Il retrouve Eduardo Pironio qui est nommé Recteur du Séminaire métropolitain.

En 1962, il fonde la Revue de Théologie de l’Université Catholique de Buenos Aires.

 

Le Concile Vatican II s’ouvre et avec lui la grande bascule !

On ne peut rien comprendre à ce qui va se passer sur le continent si on n’omet ce qu’a été la préparation du Concile et le Concile lui-même en Amérique latine

 

La préparation du Concile

 

Nous suivrons l’activité des trois principaux protagonistes qui ont systématiquement et directement œuvré pour entraîner l’Eglise latino –américaine et toute l’Eglise catholique dans le progressisme le plus radical. Le père Mejia S.J., (futur cardinal), résumera en 1965 ce qu’a été le Concile par ces mots : « la théologie des documents conciliaires (…) est la théologie de la périphérie. Les grands artisans de ces documents ont été les hommes qui, peu de temps avant, étaient tenus à Rome pour suspects ».

(Nous reviendrons sur le mot de « périphérie » qui est une clé référencée de la théologie de la libération).

 

Ces trois agents de la révolution dans l’Eglise (en dehors des Maritain, Mounier, Rahner  et consorts) ont développé une action concertée, multiforme à tous les niveaux de la société religieuse et civile. Ils sont issus de famille fortunée et politiquement sans lien avec une activité subversive.

 

François Houtart

 

Il se définit lui-même comme chanoine marxiste. Il cultive la sociologie de préférence marxiste après avoir été à l’origine  du retournement gauchiste de la JOC qui était à l’origine, comme le père Cardjin, définitivement opposée au socialisme

Nous avons largement écrit sur ce personnage dans notre livre « Le terrorisme pastoral » en montrant notamment son intervention décisive dans la rédaction de Gaudium et Spes.

Nous le considérons comme le véritable père de la théologie de la libération en ce qu’il a fourni l’outil essentiel à toutes les formes libérationnistes qui se développeront après 1958.

(On se reportera à l’article très complet de Stéphane Walliez –SW- et à l’ouvrage qu’il analyse – Les relations de Louvain avec l’Amérique Latine 1953-1983- Catholica Louvain -Automne 2007)

Dès 1953 il voyage à Cuba et en Argentine en 1954 où il remarque déjà que la paroisse de Todos los Santos est LE lieu de la rénovation liturgique !

 Répondant à S.W., Houtart précise : « Je suis passé à Cuba un ou deux ans après la révolution et j’ai fait la toute première réunion du clergé à La Havane pour préparer le Concile… L’archevêque m’avait demandé d’informer les prêtres sur la préparation du Concile. Je venais d’une réunion à Cuernavaca où les évêques les plus progressistes du CELAM s’étaient réunis avec Ivan Illich pour discuter de la préparation du Concile. » (page, 78-79)

 

Il s’agit certainement de 1961. C’est à cette date qu’est fondé le C.I .F. (Centre de formation interculturel) par Ivan Illich.

 

On peut être très surpris de  cette facilité d’entrée de Houtart dans un pays qui n’autorisera de réunions de l’Eglise que 25 ans plus tard.

Mais Houtart avait un sésame en la personne du nonce dont il était grand ami, Mg Cesare Zacchi. Ce dernier était un dévoué serviteur de la révolution et de Fidel Castro qui allait jusqu’à rencontrer les catholiques pour qu’ils cessent leur opposition à Castro. Alors que les plaintes contre ce judas ignoble était arrivée jusqu’à Rome, c’est Houtart qui lui a sauvé la mise. « Mgr Zacchi était très mal vu par l’épiscopat cubain : il était perçu comme trop proche de Fidel. Après cela je suis intervenu auprès de Paul VI pour lui sauver son poste. Il était tellement attaqué que, lors d’une audience avec Paul VI, j’ai fait l’éloge du travail de Mgr Zacchi et il est resté en poste ».(page, 79)

A partir de là, Houtart va devenir le spécialiste mondial de la sociologie religieuse marxiste et permettre aux partis communistes d’intégrer dans la lutte anti-religieuse le savoir-faire d’un chanoine. Ses services seront très appréciés du gouvernement communiste de Hanoï bombardé à l’époque par l’aviation américaine.

 

Restons en Amérique Latine.

 

S.W. interroge :

« Vous parlez d’une adhésion au marxisme par la pratique. Peut-on dire par la praxis ?

 

F.H. Oui, ça me parait assez bien vu. Regardez, vous connaissez mon travail de 43 (quarante-trois) volumes sur le catholicisme latino-américain, publié par le FERES. Eh bien c’est une chose qui a servi de matériau, de combustible de base empirique non seulement pour la pastorale, l’action sociale mais aussi pour la pensée théologique et entre autre pour la théologie de la libération. Pas uniquement, bien entendu : tous les courants catholiques qui souhaitaient une action pastorale renouvelée dans le sous- continent se sont appuyé sur cette recherche. La théologie de la libération, entre autres, y a trouvé du bois pour ses flèches ». (page81-82)

 

Ce livre a été diffusé ajoute Houtart grâce à Mgr Câmara, « à la demande duquel je l’avais réalisé et qui était vice –président du CELAM. »(page, 82)

 

Une note  donne une précision non négligeable : Immense étude sociologique du catholicisme latino-américain publiée sous la direction de F. Houtart (1958-1962). Une version résumée fut ensuite distribuée, sur le conseil de Mgr Câmara, à des dizaines d’épiscopats présents au Concile Vatican II en 1963.( page, 81 note 27).

 

Ce livre ne fut pas seulement l’occasion d’une recherche mais l’établissement d’un réseau de prêtres révolutionnaires sur tout le continent.

On voudra aussi bien remarquer qu’avant d’arriver à Cuba, Houtart vient de Cuernavaca où il travaille avec Ivan Illich.

 

Quoi d’étonnant que nous retrouvions en 1974 un livre co-signé par les deux compères et …Lucio GERA !

 

Récemment un ancien agent secret soviétique passé aux Etats Unis, a prétendu, sans donner la moindre preuve que la théologie de la libération était née dans les officines du KGB. Cette grosse blague a fait le tour du monde. Ce n’est pas ce qu’indiquent les documents de l’Institut de l’Amérique latine  de l’Académie des Sciences  de L’URSS. Mais là encore, nous sommes dans la non-documentation !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



24/06/2015
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