Le Terrorisme pastoral

Le Terrorisme pastoral

Informateurs religieux

Informateurs religieux

 

Valeurs Actuelles du 12-18 mars, consacre un long dossier au Pape François signé principalement de Laurent Dandrieu, avec une interview du cardinal Sarah et d'un décryptage de Jean-Marie Guénois.

 

Le premier a fait l'objet d'un éloge mérité dans l'OJIM et le second est présenté comme un informateur sérieux sur les problèmes de l'Eglise catholique.

 

L'information donnée est « pointilliste ». Elle fourmille de faits et d'anecdotes qui défilent à un rythme accéléré. Et si nous savons que le Pape ne changera pas la doctrine de l'Eglise, les formules restent d'une banalité éprouvée : « Mais la « révolution de François » ne se limite pas à cette banalisation du statut pontifical... », « Un discours inclassable, qui ne se réduit pas au schéma conservatisme -progressisme ».

 

Malgré cette abondance ou malheureusement à cause d'elle le lecteur ne risque pas de savoir ce qui se passe au Vatican. La forêt des faits masque une réalité qui n'est jamais abordée. Les jugements balancés contenteront tous les lecteurs.

 

Nous donnerons seulement un exemple de cette insuffisance.

 

Page 27, Laurent Dandrieu  écrit : «  Dès le soir de son élection, en s'inclinant devant la foule pour lui demander de prier pour lui, comme à chacune de ses prises de parole, François touche le cœur des gens les plus éloignés de l'Eglise par une parole forte, imagée, accessible à tous, faisant souvent primer l'émotion sur la doctrine ».

 

Laurent Dandrieu s'est laissé prendre par l'émotion.

 

 Voici ce qu'a dit le pape François : « Avant que l'évêque donne la bénédiction au peuple, je voudrais que le peuple prie pour que le Seigneur me bénisse ; la prière du peuple qui demande la bénédiction pour son évêque, sur moi » .

 

Nous sommes dans un cas de figure tout à fait inédit qui reste totalement obscur voir même inintelligible si on ne connaît pas la raison de cette attitude qui donne au peuple un pouvoir d'intercession inouï. C'est lui, le peuple, qui demande à Dieu de bénir le Pontifex Maximus, le représentant du Christ, Chef de l'Eglise, sur la terre.

 

Une nouveauté pareille aurait dû, nous semble-t-il, recevoir une explication à la mesure de l'événement.

Heureusement, le père Scannone S.J., toujours de ce monde, qui fut le professeur  de François, donne la signification de ce geste selon la théologie du peuple qui est celle qui inspire le pape.

 

« J'attire l'attention sur le geste du Pape de se faire bénir par le peuple presque immédiatement après qu'il se soit présenté. ( Llamo la atencion el gesto del Papa de hacerse bendecir por el pueblo casi immediatamente después de presentarsele). »

« Non, cela ne nous étonne pas, ni ceux qui connaissent son appréciation théologique pour  le «peuple fidèle de Dieu », appréciation qui implique, en même temps, une manière spécifique de concevoir l'Eglise et la reconnaissance  du « sentiment de la foi » du peuple et du rôle des laïcs dans le peuple lui-même. » 

 

Dans la théologie du peuple, celui-ci est  un véritable lieu théologique autonome. Le père Scannone parle de « l'accentuation d'une doctrine traditionnelle », (la teologia del Pueblo, acentua una doctrina tradicional),  qui reconnaît que « Dieu dote la totalité des fidèles d'un instinct de foi, - sensus fidei-, qui les aide à discerner ce qui vient réellement de Dieu ».

 

Cet exemple montre que derrière l'émotion et les formules il y a autre chose de plus systématique et que les informateurs religieux devraient aller au fond des choses avant de se lancer dans une description trop superficielle pour rendre compte de la réalité : « une manière spécifique de concevoir l'Eglise».

 



02/04/2015
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