Le Terrorisme pastoral

Le Terrorisme pastoral

L'Ordre de Malte face au totalitarisme du pape François

Article du Professeur de Mattei à propos de l'attaque du Pape contre l'Ordre de Malte

Le Pape François et le Grand Chancelier Albrecht Freiherr von Boeselager

Corrispondenza Romana, le 24 décembre 2016, a apporté une première reconstitution des faits. Edward Pentin, dans le National Catholic Register du 7 janvier 2017, a approfondi et enrichi le scénario de nouveaux   détails. Voici, en résumé, la situation : le 6 décembre, le Grand Maître   de l’Ordre de Malte, Fra Matthew Festing, en présence de deux témoins,   dont le cardinal patron Raymond Leo Burke, a demandé au Grand Chancelier   Albrecht Freiherr von Boeselager de remettre sa démission. Une affaire   avait en effet éclaté au grand jour : le Grand Chancelier Boeselager,   dans la période où il était Grand Hospitalier de l’Ordre, avait abusé de   son pouvoir, en promouvant la distribution, dans certains pays du   Tiers-monde, des milliers de préservatifs et de contraceptifs, y compris   abortifs. Malgré le voeu d’obéissance qui le lie au Grand Maître, le   Grand Chancelier a refusé de se démettre. A donc été engagée à son   encontre une procédure de suspension de toutes les charges qu’il   recouvrait. Boeselager a demandé l’aide de la Secrétairerie d’Etat du   Vatican, qui a nommé une commission d’enquête afin de «recueillir des éléments pour informer comme il se doit et brièvement le Saint-Siège», sur cette affaire.

Le 23 décembre, le Grand Maître de l’Ordre a qualifié d’ «inacceptable» la décision de la Secrétairerie d’Etat, en rappelant que le limogeage de Boeselager est un«acte   d’administration interne du gouvernement de l’Ordre Souverain de Malte   et que, par conséquent, il est exclusivement de son ressort».Par   une déclaration ultérieure du 10 janvier, le Grand Maître a rappelé son   intention de ne pas collaborer avec la commission d’enquête vaticane, «également   dans le but de préserver sa sphère de souveraineté par rapport à des   initiatives qui prennent des formes objectivement destinées (et donc   au-delà des intentions, qui n’ont pas d’importance en matière juridique)   à mettre en discussion ou de toute façon à limiter  ladite sphère».

L’initiative du Vatican est apparue   immédiatement comme une gaffe retentissante. Le système juridique de   l’Ordre de Malte est régi par la charte constitutionnelle de 1997.   L’article 3 de cette charte, au paragraphe 1, stipule que «l’Ordre est sujet de droit international et exerce des fonctions de souveraineté».   Ces fonctions sont : le pouvoir exécutif, réprésenté par le Grand   Maître, assisté par le Souverain Conseil ; le pouvoir législatif,   représenté par le Chapitre général ; le pouvoir judiciaire, représenté   par les Tribunaux Magistraux. L’Ordre de Malte émet des passeports   diplomatiques et jouit de sièges extraterritoriaux à Rome, où il reçoit   officiellement les représentants des plus de cent Etats avec lesquels il   entretient des relations d’égal à égal. L’Ordre a des rapports   privilégiés avec le Saint-Siège, mais en toute autonomie. Le Saint-Siège   nomme un cardinal Patron et l’Ordre un ambassadeur, selon les normes du   droit international. Comme le fait observer le professeur Paolo Gambi,   tout en jouissant de la nature religieuse propre des ordres dépendants   de l’autorité ecclésiastique, l’Ordre a une position tout à fait   particulière «bénéficiant d’une autonomie presqu’unique dans le   paysage ecclésiastique et limitant les incidences de cette nature aux   membres qui ont émis des voeux» (La soberana militar Orden de Malta en el orden juridico eclesial e internacional, Ius Canonicum,   XLIV, n° 87 (2004), p. 203). L’article 4 paragraphe 6 de la Charte   Constitutionnelle de l’Ordre Souverain de Malte est clair, quand il   établit que «la nature religieuse de l’Ordre n’exclut pas l’exercice   des prérogatives souveraines lui revenant en sa qualité de sujet de   droit international reconnu par les Etats». On trouve la   confirmation de ce statut de droit international également à l’égard du   Saint-Siège dans l’Annuaire Pontificale, où l’Ordre est cité une seule   fois et non parmi les ordres religieux, mais plutôt dans les Ambassades   des Etats accréditées auprès du Saint-Siège. La Charte constitutionnelle   de 1997 a même éliminé diverses interventions ecclésiastiques qui était   auparavant prévues, comme l’approbation du Saint-Siège pour la validité   de l’élection du Grand Maître et l’accord express du Saint-Siège pour   que la profession solennelle des voeux soit valide.

La compétence du Saint-Siège sur la vie   religieuse des Chevaliers concerne uniquement ceux qui appartiennent à   la première classe, les Chevaliers de Justice, qui émettent, de façon   solennelle, les trois voeux monastiques. Les membres de la seconde   classe, les Chevaliers en obédience, dont la promesse n’a rien à voir   avec le voeu d’obéissance prononcé par les Chevaliers de Justice, ne   sont subordonnés qu’à leurs supérieurs dans l’Ordre. L’ex Grand   Chancelier, Albrecht von Boeselager, marié et père de cinq enfants, est   un laïc qui appartient à la seconde classe et ne dépend aucunement du   Saint-Siège. Par ailleurs, les Chevaliers de Justice, qui doivent être   considérés comme «des religieux à tous les effets» (art.9   paragraphe 1, Charte Constitutionnelle), n’ont pas de vie commune et   représentent un cas unique dans la vie de l’Eglise. Fra Ludovico Chigi   Albani della Rovere (1866-1951), prince et Grand Maître de l’Ordre de   1931 à 1951, après la mort de sa femme (1898) prononça des voeux   religieux en tant que Chevalier de Justice, mais continua à vivre au   palais Chigi, qui jusqu’en 1916 était de la propriété de sa famille,   menant une vie de grand seigneur, comme il convenait à son rang.

Naturellement, l’Eglise a sur l’Ordre de   Malte le même droit que celui qu’elle possède à l’égard de tout Etat,   quand sont en jeu des problèmes qui touchent directement la foi et la   morale. Le Pape a en effet le droit et le devoir d’intervenir sur toute   question politique et sociale en rapport avec la réalisation de la fin   suprême de l’homme, la vie éternelle. Si un Etat légalise l’union   sexuelle contre nature, le pape a le devoir d’intervenir, en dénonçant   la très grave violation de la loi divine et naturelle. Et si l’Ordre de   Malte encourage la contraception et l’avortement, le pape a le devoir de   s’exprimer. Il se trouve qu’aujourd’hui l’Eglise au contraire   s’abstient de se prononcer sur les problèmes moraux qui lui sont   propres, et intervient sur des questions politiques et administratives   qui ne sont pas de sa compétence. Christopher Lamb, dans le Tablet du 5 janvier, cite une lettre envoyée le 21 décembre à Fra Matthew   Festing par le Secrétaire d’Etat, le cardinal Pietro Parolin, dans   laquelle il expose que le pape François désire que le limogeage de von   Boeselager n’ait pas lieu. «Comme je l’avais déjà exprimé dans ma   lettre précédente du 12 décembre 2016 : sur l’usage et la diffusion de   méthodes et moyens contraires à la loi morale, Sa Sainteté a demandé un   dialogue de façon à ce que d’éventuels problèmes puissent être affrontés   et résolus. Mais il n’a jamais dit de chasser quelqu’un !». 

Donc, à l’égard de ceux qui violent la   loi divine et naturelle, la voie est celle du dialogue et de la main   tendue. Pour ceux qui, en revanche, défendent la foi et la morale   catholique, le bâton du commissionnement politique et de la commission   d’enquête est prêt. Le groupe des Chevaliers  placé   sous l’autorité d’Albrecht von Boeselager, représente le courant   séculariste qui voudrait transformer l’ordre de Malte en une ONG   humanitaire. La classe dirigeante actuelle représente au contraire la   fidélité aux racines religieuses de l’Ordre. Mais peut-être est-ce là   son péché grave, auquel vient s’en ajouter un autre. Au cours de ses   neuf siècles d’histoire, l’Ordre Souverain de Malte n’a jamais perdu sa   physionomie propre aristocratique, chevaleresque et souveraine. Cette   physionomie représente l’antithèse du misérabilisme et de l’égalitarisme   professés par qui gouverne aujourd’hui l’Eglise. Et c’est ainsi qu’on   dénonce le cléricalisme, mais qu’on l’applique de fait, avec des   conséquences désastreuses. En effet, la rude intervention de la   secrétairerie d’Etat, au nom du pape François, est en train de produire   chaos et divisions à l’intérieur de l’Ordre.

L’Ordre Souverain Militaire de Malte, a   toujours, au cours de son histoire, surmonté les vicissitudes. Pendant   deux siècles en Palestine, deux siècles à Rhodes, deux siècles et demi à   Malte, sa mission sembla plusieurs fois se terminer, mais l’institution   ressuscita toujours, même lorsque déferla sur l’Europe le tourbillon de   la Révolution française et de Napoléon. Il est à souhaiter que le Grand   Maître Fra Matthew Festing et le Souverain Conseil qui l’assiste,   sachent résister avec fermeté aux fortes pressions qu’ils subissent   aujourd’hui. Nu n’aurait pu mettre en doute l’amour pour la Papauté du   Grand Maître Ludovico Chigi Albani, qui, en sa qualité de Maréchal de la   Sainte Eglise Romaine, prit part à trois élections pontificales. Et   pourtant, ce dernier s’opposa fermement à toute tentative ecclésiastique   d’ingérence dans la vie de l’Ordre.

Le Saint-Siège dut reconnaître la   nature souveraine de l’Ordre de Malte, «sans interférence de la part d’autres autorités laïques ou religieuses», comme l’a rappelé Benoît XVI, en recevant les Chevaliers, à l’occasion du neuvième centenaire du privilège Pie postulatio voluntatis du 15 février 1113. Par cet acte solennel, a rappelé le pape Benoît, «Pascal   II plaçait la toute jeune ‘fraternité hospitalière’ de Jérusalem,   dédiée à Saint Jean-Baptiste, sous la tutelle de l’Eglise, et la rendait   souveraine». (                     

Professeur Roberto de Mattei.



20/01/2017
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