Le Terrorisme pastoral

Le Terrorisme pastoral

La théologie du peuple ne connaît pas la distinction temporel-spirituel.

Emilce CUDA - 1 - La théologie du peuple ne connaît pas la distinction "temporel-spirituel".

 

Pour comprendre l'homme politique qu'est le pape François, il faut abandonner les schémas classiques des deux millénaires précédents. La parole du Christ, « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu n'a plus cours ».

Ce fondement de la distinction du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel n'existe plus dans la théologie de la libération ni dans la théologie du peuple.

 

Dans un exercice dialectique inouï, Emilce Cuda a présenté au Quatrième Congrès Uruguayen de Science Politique (14-16 novembre  2012), une synthèse qui en fait un point de repère incontournable : « Acteurs théologiques comme sujets politiques dans les modèles républicains populistes. »

 

1 - L’affirmation initiale du raisonnement est un constat sociologique. Il existe une « pratique politique » connue sous le nom de « pratique de libération ».

Cette « pratique de libération » a une finalité escatologique qu’elle soit pratiquée par des marxistes, avec au terme la société sans classe ou par des chrétiens avec le Royaume de Dieu.

 

Lorsque cette pratique est réalisée dans un secteur chrétien catholique ou protestant elle prend le nom de « Théologie de la libération » et non celui de « politique de libération »  parce que sa pratique n’est pas politique mais théologique : elle a des effets politiques car sa méthode est celle de la mise en évidence d’une autoconscience à travers les processus historiques.

 

Que le lecteur nous pardonne ce charabia qui appartient à toute la littérature christo-marxiste !

 

 

2 -  La pratique libératrice suppose un agent premier : c’est le théologien de la libération, appelé à devenir  « sujet politique ». Comment s’opère le passage d’un état à l’autre ?

L’analyse gramscienne de Ernest Laclau et l’option pour les pauvres se rejoignent.

 

 Le théologien de la libération devient pauvre avec les pauvres pour en recevoir le sens des réalités hors contexte de l’Ecriture et de la tradition. Il devient un « vrai pauvre » et veut être reconnu comme tel. Il a un contact permanent, systématique et organique avec lui. Il appartient alors par expérience à la communauté des pauvres grâce à des relations mutuelles et à la convivialité qu’il pratique.

 

Qui produit cette rencontre ? Ce n’est pas un processus politique, c’est un processus de conversion  produit par l’Esprit Saint. Le  pauvre n’est plus l’objet d’une structure capitaliste il participe comme le théologien, à une vie unique.

 

3 -  La catégorie « vie », se réfère à la vie éternelle, en tant que participation à la relation qu’il y a au sein de la Trinité, entre les trois personnes, le Dieu chrétien étant Un et Trine, un Dieu personnel et relationnel. Tout homme qui vit dès aujourd’hui le Royaume  des Cieux  (Reino de los Cielos) avec  le pauvre dans une relation de sujet à sujet, participe directement à la vie trinitaire, c’est cela la libération.

 

A ce point, cher lecteur, vous pouvez être légitiment surpris de cette intrusion de la Trinité dans ce discours. Ce n’est pas un mirage.

Pour la théologie de la libération et celle du peuple, la relation entre les Personnes  divines est immanente à l’être humain qui n’a pas besoin de la double justification du baptême et du sacrement de pénitence pour vivre de la vie divine.

Cet apport « théologique » est dû à Juan Carlos Scannone qui, outre son modernisme, est un  blondélien façon Karl Rahner. La référence à Blondel est courante chez le pape François.

Nous verrons cette question clé de la théologie du pape ultérieurement.

 

Reste à voir comment le théologien devient acteur politique.

 

4 – Emilce Cuda  consacre un long exposé à la dispute qui a opposé  le cardinal Ratzinger  au père Flores d’Arcais rapportée dans « Dieu Existe-t-il ? ». Puis enjambant les siècles de Pie IX au Concile Vatican II, elle arrive à l’ère des changements ceux où le sujet  théologien devient sujet politique.

 

« La figure importante dans la défense de la démocratie de masses aux Etas-Unis au milieu du XX siècle fut le théologien John Courtney Murray qui durant les années 1940 et 1950, à la fois comme théologien et politique, fit la promotion de la démocratie non seulement dans la sphère civile mais aussi dans la sphère religieuse.(souligné par nous), Il était très ami de Montini, un diplomate influent à cette époque …ce qui explique en quelque manière son rôle au Concile Vatican II. »

 

Emilce énumère ceux qui ont travaillé dans cette direction : Henri de Lubac, Yves Congar, Marie-Dominique Chenu, Karl Rahner, Bernard Lonergan, entre autres. Ce qui constitue un aveu de la non-existence d’une théologie latino-américaine qui n’a fait que reproduire les erreurs de tous les modernistes européens !

 

« Murray a incité les théologiens catholique à lire l’œuvre de Henri de Lubac et celle de ses collègues sur les textes patristiques pour voir le déroulement du christianisme à travers son passé historique. Ce qui militait pour une révision de la relation Eglise-Etat dans l’histoire de l’Eglise. »

 

5 L’application au cas argentin allait de soi dans le contexte des années soixante à quatre-vingt aussi bien avec le péronisme, la théologie du peuple qu’avec le Mouvement des Prêtres du Tiers-Monde et la pastorale populaire des bidonvilles.

 

La notion de peuple de la théologie de la libération participe d’une certaine manière à l’universalité du peuple de Dieu. Ajoutée à l’activité d’un certain clergé cette notion établit une contamination entre les catégories théologiques et les catégories politiques qui s’interpénètrent et se confondent.

 

Emilce Cuda écrit : les catégories théologiques sont resignififées  (resignificadas) en catégories politiques.

 

Si aujourd’hui on comprend si mal les déclarations, la conduite des affaires, la politique pontificale, la morale relativiste du pape François, c’est parce que l’on n’a pas fait l’analyse préalable qui s’imposait.

La logique pontificale n’est pas la nôtre.

Le pape ne vit pas dans la même sphère que nous. Son monde c’est celui d’une relation à autrui, principalement le pauvre, qui est du même ordre que la relation Trinitaire.

Cette relation intime est essentiellement supérieure à toutes les autres et les catégories anciennes de l’Eglise référentielles n’ont plus cours



05/05/2017
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