Le Terrorisme pastoral

Le Terrorisme pastoral

Le vocabulaire du pape n'est pas le nôtre

Cléricalisme : Inflation des commentaires et ignorance des causes

 

Il est difficile de changer les mauvaises habitudes. Nous n'avons toujours pas réussi à intéresser les commentateurs de la crise de l'Eglise à la théologie du peuple –TDP- qui est celle du pape. Nous sommes passionnés à juste titre par l’abondance des enquêtes sur les événements qui bouleversent notre Eglise, mais il faut aller au-delà des faits pour comprendre ce qu’il se passe véritablement. Les faits n’ont de sens que par rapport aux desseins ultimes de la politique vaticane.

 

La TDP a un langage propre, un vocabulaire propre, une dialectique propre. La méconnaissance systématique de cette forma mentis empêche toute compréhension de la réalité désignée par la glose pontificale. (Nous avons déjà abordé cette question dans notre billet du 13 septembre dernier)

On donne aux mots du pontife un sens qu’ils n’ont pas. On ne se rend pas compte qu'ils recouvrent une réalité toute autre que celle que nous leur donnons. Ainsi en est-il du mot « cléricalisme ».

 

Le pape a clairement dit que la cause des abus sexuels était le « cléricalisme ». Le cardinal Müller et Mgr Aillet se sont arrêtés sur ce mot. Cependant cela n’a rien à voir avec le cléricalisme du petit père Combe ni avec la définition du dictionnaire.

 

 

LES ANTECEDENTS

 

Bien avant son accession au trône de Saint-Pierre, notamment lors des Journées de Pastorale Sociale à Buenos Aires, le cardinal Bergoglio a dénoncé ceux qui étaient victimes du pouvoir politique, économique et religieux. Il a nommé ces déviances : abstractionisme spiritualiste, ou méthodologisme fonctionnaliste ou encore idéologies abstraites. Sont visés, les curés à la morale hypocrite, « moralina de los curas ».

Dans d’autres circonstances, il a précisé le contenu de ce catalogue de noms qu’il affectionne :

 

« Cléricaliser l’Eglise, c’est une hypocrisie pharisaïque. Non à l’hypocrisie. Non au cléricalisme hypocrite. Non à la mondanité spirituelle. ». « Que Dieu nous donne la grâce de la proximité qui nous sauve de toute attitude entrepreneuriale, mondaine, prosélytiste, cléricale -, et nous rapproche de Son chemin : chemin avec le saint peuple fidèle de Dieu ». 2-9-2012.

  • Lorsque le 28 juillet 2013, le pape s’adresse au Comité de coordination du Conseil Episcopal Latino-Américain – CELAM -, à Rio, il dénonce pêle-mêle les tentations : idéologisation du message évangélique, réductionnisme socialisant, idéologisation psychologique, déviation pélagienne, fonctionnalisme et cléricalisme.

Le 16-12-2013, « Seigneur libère ton peuple de l’esprit du cléricalisme et aide-le avec l’esprit de prophétie ».

« Quand la prophétie fait défaut, le cléricalisme occupe la place, et le schéma rigide de la légalité ferme la porte à la face de l’homme »

Le 16-12 2014, il vitupère : « Nous devons extirper le cléricalisme de l’Eglise »

Il dénonce le complexe de l’élucomplejo del elegido choisi par Dieu qui impose ses vues. Il appelle cela la pathologie du pouvoir ecclésial. Il reprendra ce thème dans un discours à la Curie le 22-12-2014.

 

 

L’IDEOLOGIE PONTIFICALE

 

Pourquoi ces charges violentes sans contenu véritable ?

 

La raison est idéologique. La TDP est une idéologie qui applique à l’Eglise – toute l’Eglise – les schémas révolutionnaires de la conquête du pouvoir en établissant un partage définitif entre les bons et les mauvais. Ce partage est assez flou pour que personne ne se sente en sécurité.

Dans son livre, Yo , argentino. Las raices argentinas del Papa Francisco ( Moi, Argentin. Les racines argentines du pape François), Armando Puente donne la signification ultime de ce cléricalisme qui n’est pas, on s’en doute, une invention du cardinal ou du pape.

 

Lors des deuxièmes Journées Académiques interdisciplinaires de Théologie, Philosophie et Sciences Sociales de la Faculté de Philosophie des jésuites de Buenos Aires, de San Miguel en 1971, les étudiants Bergoglio, Jalics et Yorio sont présents. Voici le compte-rendu de Armando Puente. (page74).

 

(Face aux thèses de la lutte des classes), «  Gera et Scannone (note), considéraient que le libéralisme, le marxisme et le cléricalisme étaient des formules grâce auxquelles « l‘élite éclairée » (la élita ilustrada), s’arrogeait le droit de pouvoir déterminer ce que le peuple devait penser et faire. Il ne s’agissait pas de renoncer à l’élitisme dans le domaine de la possession et de la propriété. « Non pas cela ! » soutenait Scannone. «  Nous devons renoncer aussi à l’élitisme de la connaissance, que nous rencontrons aujourd’hui dans les « élites éclairées » qu’elles soient de gauche ou de droite … Nous proposons un mouvement de bas en haut pour dominer la totalité de l’espace cadenassé euro-nord-américain, qui considère l’Amérique Latine comme son appendice, la domine et la soumet - une dialectique libératrice qui permette que, du peuple, naisse un projet authentiquement libérateur et latino-américain. »

« Jorge (Bergoglio), n’intervint pas dans ce large débat, mais la vision de l’histoire, national, latino-américaine et chrétienne, s’identifiait à sa propre position qu’il définissait et suivait comme étant celle du peuple de Dieu. Sa position n’était pas conservatrice, mais face à la « vérité », imposée au peuple par le marxisme, le libéralisme et le cléricalisme, il fallait donner la parole à la vérité révélée par l’Esprit-Saint, par le moyen d’un dialogue entre le peuple fidèle, les pauvres qui suivaient Jésus et son Eglise.

Les conceptions théologiques et philosophiques de Juan Carlos Scannone résonnèrent en Jorge Bergoglio-Francisco, l’influençant jusque dans son langage ».

 

Ce projet libérateur est actuellement mis en oeuvre sous nos yeux.

 

Il s’applique à l’Eglise entière et au monde. Il balaie les « élites éclairées », c’est-à-dire toute autorité institutionnelle, toute hiérarchie qui ne vienne pas du peuple.

Comme dans le parti communiste, le parti seul forme la nouvelle élite éclairée et indique au peuple le sens de l’histoire. Pour le parti de la TDP la lecture des signes des temps « historicise » tout.

 

L’Eglise catholique, sa constitution divine et sa hiérarchie sont tout simplement désignés par le mot « cléricalisme » comme les paysans étaient les koulaks du stalinisme.

 

 .

 

La bourgeoisie est l’ennemi de classe pour le prolétariat. La TDP a son équivalent sous le nom de « cléricalisme » ; ce statut idéologique désigne tout ceux qui restent attachés peu ou prou à la doctrine, aux sacrements, et à la discipline de l’Eglise catholique ; ceux qui n’acceptent pas les réformes sur la communion données sans discernement, le mariage des divorcés, la nouvelle théorie sur la peine de mort,… etc.

 

Pour la théologie du pape le « cléricalisme » est au sens strict l’ennemi du peuple de Dieu. En langage marxiste, il s’agit de l’ennemi de classe.

 

Les évêques chinois reconnus par le parti communiste n’appartiennent pas à la classe d’ennemi du peuple.

 

Aussi le pape vient de réaliser ce que la théologie de la libération la plus soviétisée n’a jamais osé imaginer, même en rêve : une église communiste reconnue et intégrée à une église gouvernée par le pape.

Les catholiques chinois et la hiérarchie qui refusent l’appartenance au parti communiste, sont de facto rangés dans la catégorie « cléricalisme ».

 

 Note : Lucio Gera, est prêtre du diocèse de Buenos Aires ; J.C. Scannone, jésuite, est recteur de la Faculté de philosophie. Tous les deux sont les « inventeurs » de la TDP.

 

 



08/10/2018
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